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Les parachutes dorés et les patrons voyous seraient, selon M. Sarkozy, les fruits tardifs de la contestation soixante-huitarde. Mais Mai 68 n'a quand même pas inventé le capitalisme financier mondialisé !
M. Sarkozy oublie de dire que l'autorité, le travail, le mérite sont des valeurs républicaines que la droite a laissé choir.
En 1968, c'est la droite (à l'époque Edgar Faure) qui a supprimé l'éducation civique. C'est la gauche en 1985 (moi-même en tant que ministre de l'Education Nationale) qui l'a rétabli dans les
écoles et les collèges.
C'est sous Valéry Giscard d'Estaing qu'on a institué les retraites anticipées à cinquante ans, dans la sidérurgie notamment. Casse que M. Sarkozy déplore aujourd'hui. Mais qui a fait d'Usinor une
société luxembourgeoise, Arcelor aujourd'hui achetée par le groupe indien Mittal, sinon M. Mer, et les gouvernements auxquels appartenaient M. Sarkozy ? Celui-ci ferait bien d'en revenir à son
bilan de 2002 à 2007.
La droite n'a aucun titre pour revendiquer le travail, le mérite, l'autorité. Elle a donné trop de mauvais exemples, à commencer par M. Sarkozy lui-même quand il a déclaré revenir au ministère de
l'Intérieur en 2005 pour mieux se protéger de ses amis. Ce n'était pas là donner une grande leçon de ce qu'est le service de l'Etat !
M. Sarkozy fait diversion sur le terrain idéologique et croit pouvoir donner des leçons de morale républicaine à Ségolène Royal. Il retarde en fait de 40 ans. Il se croit en juin 1968 quand la
droite pouvait gagner les élections en agitant l'épouvantail de quelques voitures brûlées à la télévision. Grâce à M. Sarkozy, le nombre d'incendies de voitures a doublé de 2002 à 2007 (de 22 000
à 45 000 par an). Si ce n'est la faute de mai 68, c'est celle de Voltaire et de Rousseau ! Permanence des vieux schémas réactionnaires…
Travailler plus pour gagner plus ?
Salarié ou fonctionnaire, je dois déjà travailler plus, depuis 1993 ou 2003, pour gagner autant, voire moins ! Je serai prêt à en rajouter mais voilà :
Je ne veux pas travailler plus pour m'acheter une voiture surpuissante, je veux un vrai droit à la mobilité écologique, y compris dans le cadre d'un service public de haut niveau.
Je ne veux pas gagner plus pour m'acheter un logement à des prix exhorbitants, je veux une action collective à la hauteur contre l'inflation qui touche l'immobilier (on a bien vaincu l'inflation du couple salaires- prix, non?) par, et avec, un service public du logement qui réponde aux besoins.
Je ne veux pas travailler plus pour mettre mes enfants à l'école privée ou leur offrir du soutien scolaire défiscalisé, je veux une école gratuite et obligatoire qui, dans un cadre méritocratique, développe les talents de chacun.
Je ne veux pas gagner plus pour m'offrir des services de domestiques, mais avoir le temps d'assumer mon petit univers privé.
Je ne veux pas travailler plus pour assumer des hausses de tarifs consécutives à la privatisation de services publics (eau, santé, énergie, postes et Banque Postale...).
Je ne veux pas travailler plus pour gagner plus et m'offrir un yatch à, peu importe, 200 000 ou 2 millions d'euros, ou passer le reste de mon temps libre à admirer, envier ou critiquer ceux qui y vivent. Je préfèrererai vivre dans une société où tous les jeunes se construisent autour de vacances heureuses. Pas devant des halls d'immeubles désertés ni devant une télévision qui vend "du temps de cerveau disponible à Coca Cola"...comme l'a joliment exprimé un responsable d'une grande chaine de télévision. Qui au passage gagne, comme ses actionnaires, de quoi s'offrir des vacances de luxe en exploitant l'audience provoquée tant par les drames que par les espoirs d'une jeunesse sans boussole (eh oui, tout se vend!).
Si malgré tout, je dois gagner plus en travaillant, héritant, spéculant plus... alors je suis prêt à payer des impôts selon mes facultés contributives pour mettre en oeuvre celà.
Je me classe donc, vous l'aurez compris, dans le camp des républicains plutôt tristes.