Jeudi 22 octobre 2009 4 22 /10 /2009 23:58
Bonjour,
Comme chaque année depuis près de vingt ans, nous nous retrouvons rassemblés ici
pour rendre hommage aux manifestants algériens qui furent sauvagement réprimés le
17 octobre 1961 à Paris.
L'appel à se rassembler a reçu le soutien de
Algérie au Coeur Isère, l'association AMAL, APARDAP (association de parrainage
républicain de demandeurs d'asile et de protection), ATTAC Isère, Cercle Bernard
Lazare, CIIP, Collectif de Soutien aux réfugiés algériens, Comité traite
négrière/esclavage , Coup de Soleil en Rhône-Alpes, LDH Isère, Ligue
Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté, Mouvement de la Paix, MRAP,
NIL Isère, ODTI (Observatoire des Discriminations et des Territoires Interculturels),
SOS-Racisme, Ras L'Front Voiron, Survie-Isère, FSU 38, Solidaires 38, UD-CGT
38, ADES, Les Alternatifs Isère, Gauche Unitaire, Lutte Ouvrière, NPA 38,
Pour une Alternative à Gauche 38, Parti de Gauche 38, Fédération du PCF Isère,
PCOF, PRCF & JRCF, Fédération du PS Isère, MJS Isère, Les Verts Isère.
Je tiens à les remercier vivement pour ce soutien qui ne va pas de soi.
Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers de travailleurs algériens et leurs familles
manifestaient à Paris contre le couvre-feu qui leur était imposé.
Ils défendaient leur droit à l’égalité et à la dignité, et le droit à l’indépendance de l'Algérie. Ce
jour-là et les jours suivants, plusieurs centaines d’entre eux furent massacrés, jetés dans la
Seine ou gravement blessés par des policiers déchaînés sous les ordres de Maurice Papon,
alors préfet de Paris.
Nous devons maintenir cette mémoire vivante pour éclairer le
présent. Car le combat est loin d'être fini...
Des associations de nostalgiques de l'Algérie Française prétendent rendre hommage aux tueurs de
l'OAS en les faisant passer pour des résistants. Certains élus, oublieux du passé ou complices,
laissent ces mêmes nostalgiques rendre leur hommage sur des lieux publics, y compris devant la
flamme du soldat inconnu à l'Arc de Triomphe !
Aucun hasard là dedans, il ne s'agit pas d'un retour de flamme chez des nostalgiques aigris, mais
une volonté politique impulsée au plus haut sommet de l'Etat. Ainsi, un des plus proches conseillers
de Nicolas Sarkorzy est Patrick Buisson, est l'auteur en 1984 d'un livre au titre éloquent « OAS,
Histoire de la résistance française en Algérie », livre préfacé par Pierre Sergent, l'un des dirigeants
de l'OAS !
Malgré l'échec de la tentative de février 2005 d'inscrire dans la loi « le rôle positif de la
colonisation », la volonté de réécrire l'Histoire au détriment des peuples n'a jamais cessé depuis.
Du discours de Toulon du candidat Sarkozy décrivant la colonisation comme un moment de
civilisation, au discours de Dakar du président Sarkozy décrivant l'Afrique comme étant hors de
l'Histoire, il y a une même volonté de déni des victoires des peuples pour s'assurer la maîtrise de
leurs destin, de glorification des pires moments du passé.
Dans ce contexte préoccupant, l'hommage que nous rendons ici prend une grande valeur politique,
de résistance au détournement de l'Histoire, des concepts et des mots.
S'il y eut des résistants, ils sont du côté de ces femmes et hommes qui se dressèrent contre les
tenants de l'ordre colonial.
Ils sont du côté des Algériens qui manifestaient à Paris un soir d'octobre 1961, pour défendre
leur droit à l’égalité et à la dignité, et le droit à l’indépendance de l'Algérie.
Ils sont du côté de ces Français qui ici ou en Algérie menèrent le combat aux côtés des
Algériens, et portent les noms de Fernand Yveton, Maurice Audin, Alban Liechti, Henri Alleg,
Madeleine Rébérioux, ou Simon Blumental, Francis Jeanson, récemment disparus.
En aucun cas, ils ne se trouvent parmi les membres de l'OAS qui tentèrent de s'opposer dans le
sang à la volonté des peuples français et algérien de conclure une paix juste, respectueuse des
droits des peuples.
Réécrire l'Histoire de la guerre d'Algérie, réécrire l'Histoire de la colonisation,
c'est justifier le maintien de l'oppression et des rapports de domination au
niveau international, c'est justifier l'exploitation la plus dure et la plus
inhumaine vis à vis des immigrés, spécialement les travailleurs sans-papiers,
qui sont ramenés à leur valeur de force de travail, sans droits, soumis à
l'arbitraire et à la répression, aux contrôles incessants.
Maintenir vivante la mémoire, c'est renforcer le combat de
toutes celles et tous ceux qui, comme les manifestants
d'Octobre 1961, se battent contre le mépris, pour la dignité et
l'égalité.
Manifestons pour :
- exiger de l'État français qu'il reconnaisse officiellement sa
responsabilité dans les massacres liés à la colonisation, et qu'il ouvre les
archives de la Guerre d'Algérie et de la colonisation aux chercheurs français et
étrangers, sans restrictions ni exclusives;
- protester contre les complaisances vis à vis de l'OAS et des
nostalgiques de l'ordre colonial;
- protester contre le ministère de l'immigration et de l'identité
nationale, honte de la République Française ;
- réclamer l'abrogation de la directive « retour », ou « directive de la
honte », adoptée par la parlement européen et qui bafoue les droits humains les
plus élémentaires ;
- Affirmer le droit des migrants à vivre en France dans la dignité et sans
subir de discriminations.
Merci de votre attention

Intervention prononcée au nom de Algérie au Coeur, du CIIP et du collectif de soutien aux réfugiés algériens
17 octobre 2009, Grenoble

Par Eléonore Perrier - Publié dans : Notre actu - Communauté : Les blogs républicains
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